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Toi le poilu inconnu, mon frère

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Toi le poilu inconnu, mon frère

Message  marsouin51 le Mar 20 Nov - 10:25

Toi le poilu inconnu, mon frère:

Le nom du poilu est gravé sur le monument aux morts érigé dans son village natal, à Pouillac (Charente-Maritime).
VOUZIERS (Ardennes). Depuis qu'elle a lu par hasard ses lettres envoyées du front, il fait partie de sa vie. Marie Soledad sort de l'oubli Raymon Bonnenfant, poilu mort en 1915 à Vouziers.
CERTAINES lectures vous engloutissent tout entier et vous régurgitent en vrac, bizarrement remis dans le bon sens. Marie Soledad Monino en est l'illustration, depuis qu'elle est tombée sur les lettres de Raymon* Bonnenfant, un poilu disparu en 1915 à Vouziers. Sa vie compte désormais un être cher en plus, et cette habitante de la région parisienne s'attache à honorer sa mémoire.
« Il y a 6 mois, j'ai acheté sur Ebay un gros lot de photos anciennes. Dans ce lot, j'ai eu la surprise de découvrir de nombreuses lettres dont celles de Raymon Bonnenfant, ce que l'annonce ne précisait pas », explique Marie Sol.
« Je me revois cette nuit-là dans la cuisine, avec cette boîte et ce qu'elle contenait ; le trouble, le sentiment de rentrer par effraction dans une vie, de quel droit ? Je n'ai jamais pensé que c'était la correspondance d'un mort, il était bien trop vivant dans ces écrits ! Son écriture est fluide, il livre un témoignage inestimable, sans fard et superbement écrit (mai 1914 à février 1915) : ce qu'il nous donne à lire, c'est son espérance, son incroyable instinct de survie, pas sa mort ! »

Recherche de sépulture:

Raymon Bonnenfant, jeune marsouin de 21 ans du XXIe RIC, 1er Bataillon, 4e Compagnie, a été blessé grièvement lors du combat terrible de la Main de Massiges (Marne) le 3 février 1915.
Son bataillon occupait la tranchée de première ligne de l'Annulaire. Fait prisonnier, il est décédé le 10 février à l'hôpital de la Croix-Rouge de Vouziers.
« À partir du moment où j'ai lu, j'étais happée, c'était trop tard, je ne pouvais plus faire comme si ça n'était pas arrivé », continue cette filleule portée par l'histoire. « Je ne pouvais plus me cacher derrière les tombes des soldats inconnus, sans visage, sans identité, sans mémoire… C'est arrivé comme une évidence que je devais partir sur ses pas et tenter de lui redonner une histoire, un visage, une dignité. »
L'enseignante retranscrit alors toutes les lettres de Raymon, déchiffrant pendant des heures l'écriture tracée au crayon à papier, le temps d'une accalmie dans les tranchées. Elle retrace ainsi son parcours en le complétant des documents glanés au fil de ses recherches, notamment dans les Journaux des marches et des opérations français et allemand.
« Sur le fameux Annulaire de la Main de Massiges où est tombé Raymond ce 3 février 1915, j'étais très troublée de m'approcher d'aussi près de ce qui les a fait vivre et… mourir », poursuit Marie Soledad. « J'y ai fait la connaissance d'Éric Marchal, président de l'association « la main de Massiges » qui depuis m'a emmenée sur les champs de bataille où Raymond a combattu les dernières semaines de sa courte vie.
Beaucoup d'admiration, de respect pour cette poignée d'hommes qui remet en état une partie des tranchées de ce haut lieu de la bataille de Champagne, mais aussi un sentiment de révolte en découvrant que le devoir de mémoire repose parfois sur de simples particuliers ! »

Dans l'ossuaire:

Le lien tissé est tel que la jeune femme souhaite se recueillir sur la tombe de son aïeul adoptif et entreprendre si besoin des démarches pour la conserver.
« Je lui devais de continuer de faire vivre sa mémoire. L'histoire n'est supportable que quand on l'humanise, maintenant cette guerre a un visage pour moi », explique Marie Soledad. « Je crois que lorsqu'on sort quelqu'un de l'oubli, on n'a pas le droit de l'abandonner à nouveau. Le minimum qu'on leur doit est la vérité. On leur a assez menti en leur faisant croire que leur mort pouvait avoir du sens, en leur disant qu'ils ne seraient jamais oubliés et que leur sacrifice n'avait pas été vain. »
Seulement cette quête se transforme elle-même en parcours du combattant.
Un courrier du maire de Vouziers daté du 19 février 1919, atteste de la présence de la sépulture du soldat dans le cimetière civil local, tranchée française n° 1. Cependant, sur place l'enseignante n'en trouve aucune trace.
Elle poursuit ses recherches sur les terres d'origine du Poilu, à Pouillac, en Charentes. Sa sépulture ne s'y trouve pas non plus, même si le nom de Raymon est gravé sur le monument aux morts.
Le service cimetière de la ville de Vouziers indiquera finalement que Raymon Bonnenfant a été exhumé avec les cuirassiers, dans l'ossuaire du cimetière, sans pouvoir préciser la date de cette exhumation.
De quoi laisser un bleu au cœur de l'enseignante parisienne.
« Il n'y a bien sûr pas de plaque sur l'ossuaire en dehors de celle des cuirassiers (avec lesquels Raymon n'a rien à faire ! Lui était de l'Infanterie coloniale) », note-t-elle. « Je ne comprends toujours pas comment un soldat qui avait une tombe individuelle, un corps identifié, se retrouve en ossuaire.
Pourquoi n'a-t-il pas été réinhumé dans le carré militaire du cimetière où se trouvent d'autres tués de 1914 (beaucoup en août) et 1915, j'ai toute la liste ! ça n'a aucun sens ! »
Seul soulagement, Marie Soledad dispose désormais d'un lieu de recueillement et compte faire fabriquer une plaque nominative qu'elle déposera à cet emplacement. Pour que la mémoire de Raymon, et à travers lui celle de tous les soldats, continue d'être « portée par le vent ».

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