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Les Libérateurs n'étaient pas tous Blancs

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Les Libérateurs n'étaient pas tous Blancs

Message  Piero LODDO le Mer 3 Mar - 17:39




« C'étaient des grands gaillards, ils nous faisaient un peu peur »
se souvient Janine qui avait 14 ans à l'époque.




Dès le jour du Débarquement en Normandie en juin 1944, les Noirs ont joué un rôle primordial dans la logistique. L'Histoire officielle les a oubliés.



Site phare de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale, le Mémorial pour la Paix à Caen ne présente aucune photo de soldat noir. Son directeur Stéphane Grimaldi en convient et le déplore. « Nous allons corriger ce très regrettable oubli. Pour tout le monde, le libérateur était symbolisé par un GI blanc. » On ne peut évidemment pas soupçonner le Mémorial de racisme, mais cet acte manqué est significatif du peu d'intérêt porté aux soldats de couleurs.

Venu en Normandie pour le soixantième anniversaire du Débarquement, le vétéran noir Bruce Wright, juge new-yorkais à la retraite, se souvenait de « cette armée américaine où la discrimination était permanente. Même les armes que l'on nous fournissait, quand on nous en donnait, étaient de médiocre qualité ». Il n'y eut pas d'unité combattante noire avant la Bataille des Ardennes et l'arrivée en Allemagne. « Les blancs ne nous faisaient pas confiance. »

Pourtant ils furent nombreux à fouler le sol normand, dès le 6 juin. « Les premiers sont arrivés sur la plage d'Omaha en fin de matinée. Ils étaient chargés d'installer les ballons antiaériens », explique Stéphane Simonnet, historien au Mémorial. C'est à Cherbourg que le contingent noir va être le plus important. « À partir du 7 juillet 1944, le port libéré, la logistique américaine se met en place. Sur les dix bataillons portuaires qui déchargent les barges et les Liberty-ship, neuf sont noirs avec des officiers blancs. »

« Chicago en Normandie »

En octobre 1944, le port du Cotentin compte 30 000 hommes. Plus du tiers de cette troupe est composé d'hommes noirs. « C'étaient des grands gaillards. Ils nous faisaient un peu peur. Maman m'interdisait de sortir seule », raconte Janine. Elle avait 14 ans et habitait quai de Caligny où les jours et les nuits étaient souvent chauds. « Certains parlaient d'un Chicago en Normandie », précise Stéphane Simonnet. L'alcool coule à flot et les soldats ne sont pas de bois.

« Certains arrachaient les femmes au bras de leurs maris », se rappelle Janine. Des ouvriers de l'arsenal de Cherbourg vont organiser des milices pour raccompagner les femmes seules. « Il y a eu des dérapages », raconte l'historien du Mémorial. « Au total, 23 peines capitales ont été prononcées par l'armée américaine. 18 concernaient des noirs. » Bruce Wright ne nie pas « les problèmes sexuels avec les femmes françaises. Quand un noir était pris, la sentence était automatique : la pendaison. Pour les blancs c'était différent. »

L'armée française, lorsqu'elle débarqua en Provence se comporta différemment. « L'armée de Delattre était composée à 70 % de Noirs et de Nord-Africains » souligne Stéphane Simonnet. « Ils étaient en première ligne. Cette vision différente est liée à notre passé colonial. Ces hommes avaient des expériences militaires communes. On ne peut toutefois pas exclure une forme de racisme. » Qu'ils soient militaires américains ou français, ils auront dû attendre de bien longues années avant que l'on se décide, enfin, à leur faire une place dans l'Histoire officielle.


Jean-Pierre BUISSON.

Plus d'informations dans le journal Ouest-France

Piero LODDO
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