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Le départ des forces françaises à Djibouti est déjà programmé

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Le départ des forces françaises à Djibouti est déjà programmé

Message  marsouin Châtenay 92 le Sam 25 Juil - 11:31

Le départ des forces françaises à Djibouti est déjà programmé

Auteur : Philippe Gras via Betablog




L’élaboration du Livre blanc n’a pas empêché les pouvoirs publics d’engager fermement la politique de Défense vers des voies nouvelles hors de tout débat, quand bien même elles s’inscrivent dans la continuité des options prônées par Jacques Chirac au cours de ses deux mandats présidentiels. Avant même sa publication prévue après les élections municipales, les noms des unités à supprimer circule au sein des états-majors. C’est pourquoi l’annonce faite au moment du déplacement dans les Émirats arabes unis de son successeur, Nicolas Sarkozy, de créer une base militaire sur le territoire d’Abu-Dhabi, le 15 janvier dernier, a provoqué la surprise et fait naître une interrogation majeure : la France a-t-elle décidé de résilier à Djibouti son bail pour s’installer de l’autre côté de la péninsule arabique ? La réponse est oui.

La présence française dans la Corne de l’Afrique est très ancienne puisqu’elle remonte au traité de paix et d’amitié de 1862, signé entre la France et trois sultans afars de la région d’Obock. Elle est très familière à nos concitoyens qui sont encore nombreux à croire que Djibouti fait partie intégrante de la République française alors que la République de Djibouti est indépendante et souveraine depuis le 27 juin 1977 (Rapport parlementaire d’information du 21 septembre 2000). Elle constitue encore un des principaux points de la présence militaire française à l’étranger, car fortes de 2.700 hommes, les FFDj (Forces françaises de Djibouti) sont la troisième implantation militaire dans le monde et la première en Afrique. Les deux chefs de l’État djiboutien, Hassan Gouled Aptidon de l’indépendance à 1999, et Ismaïl Omar Guelleh ensuite, sont issus du 5ème Régiment Interarmes d’Outre-Mer, l’épine dorsale du dispositif militaire français sur zone, où ils ont fait leurs armes pendant l’époque coloniale.

Remise en question du dispositif militaire français en Afrique :

Le député Boucheron (PS) a défini l’intérêt de Djibouti dans ces termes : Djibouti procure tout d’abord des facilités d’accès à l’Afrique orientale, zone dans laquelle la France, à la suite de l’échec de Fachoda en 1898, n’a jamais été en position de force, même si elle y a exercé parfois une influence importante (Madagascar). À cet égard, la base de Djibouti est le complément idéal des implantations en Afrique de l’Ouest ou en Afrique centrale (Tchad) mais aussi de la Réunion. Djibouti est aussi idéalement placé pour veiller à la sécurité du trafic en mer Rouge, puisqu’en face du détroit de Bab el Mandeb, qui, à 1.930 kilomètres de Suez, est la porte d’accès au golfe d’Aden et à l’Océan Indien (Rapport parlementaire d’information du 21 septembre 2000). Bien que la clef de la mer Rouge ait beaucoup perdu de son intérêt avec le développement des supertankers et l’effondrement du bloc soviétique, le port autonome international de Djibouti (PAID) a toujours constitué un objet de convoitise de la part de ses voisins. La plupart des investissements y est fait à l’heure actuelle par l’Émirat de Dubaï.
Un an plus tard, presque jour pour jour, l’attentat contre les tours jumelles de New-York a rebattu les cartes des priorités stratégiques. L’attention s’est portée sur l’Afghanistan où les talibans représentent un abcès de fixation et, en offrant un abri aux chefs d’Al Qaïda, une menace pour le monde occidental. La présence française est toujours d’actualité dans l’Océan Indien, mais ses intérêts se déplacent vers l’est, d’où les avions embarqués peuvent effectuer plus facilement des rotations pour leurs missions de reconnaissance et de bombardement. En Afghanistan opèrent actuellement 1.500 soldats français. L’intérêt d’une base militaire dans cette zone est grand, et l’initiative de l’émirat d’Abu-Dhabi d’offrir un relais à la France a été saluée comme un événement, et même une rupture avec l’héritage de notre histoire coloniale, selon l’amiral Guillaud, chef d’état-major du président de la République.
Mais la France, engagée depuis 10 ans dans une politique de restriction budgétaire en ce qui concerne les armées, n’a pas les moyens de multiplier ses implantations militaires. Personne, au demeurant, n’a envie d’envisager un retrait de troupes d’où que ce soit, comme en témoigne l’échange houleux qui s’est produit le 30 janvier dernier à l’Assemblée nationale à la séance de questions au gouvernement :

M. Bernard Cazeneuve (PS) : Ma question s’adresse à M. le Premier ministre. Lors de l’intronisation de la commission du livre blanc de la défense, le Président de la République a soutenu d’une part que les politiques d’aménagement du territoire et de défense étaient indépendantes, d’autre part que le Parlement devait être davantage associé à la seconde, traditionnellement réservée au Président de la République.
Sur le premier point, faut-il comprendre que notre politique de défense s’apparente désormais à une véritable politique de déménagement et de désertification du territoire ? (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC ; exclamations sur les bancs du groupe UMP) On est tenté de le croire, tant s’allonge la liste des casernes et des bases aériennes menacées de suppression, avec les emplois — plusieurs milliers — qui leur sont attachés ! Quelles seront de ce point de vue les conséquences de la revue générale des politiques publiques ? Le Gouvernement consultera-t-il la représentation nationale ou décidera-t-il unilatéralement de la désertification de nos territoires, comme lors de la réforme de la carte judiciaire ? (Exclamations sur les bancs du groupe UMP […]
M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement : M. le ministre de la défense me prie d’excuser son absence (Exclamations sur les bancs du groupe SRC et du groupe GDR)…
M. Arnaud Montebourg : Il n’y a plus ni Premier ministre, ni ministre de la défense !
M. le Président : Écoutez M. le ministre.
M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État : Il est retenu à l’étranger pour y conclure des accords militaires, conformément à sa mission ! (« Ce n’est pas sérieux ! » sur les bancs du groupe SRC).
Monsieur Cazeneuve, vous avez fait allusion à la création de la base d’Abu-Dhabi (« Non ! » et vives protestations sur les bancs du groupe SRC), dont je rappelle qu’elle répondait au souhait des Émirats arabes unis (Vives protestations sur les bancs du groupe SRC ; exclamations sur les bancs du groupe UMP).
M. le Président : Je vous en prie !
M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État : Quant au livre blanc de la défense, votre question est tout à fait prématurée (Rires sur les bancs du groupe SRC) puisque — vous l’avez dit vous-même — ses conclusions ne seront pas connues avant le mois de mars !
M. Maxime Gremetz : Ce sera un livre noir !

Tout le monde a compris que les décisions concernant les réductions d’effectif ne seront connues qu’après la publication du Livre blanc sur la Défense et la sécurité nationale, quand bien même elles seraient déjà programmées. Abu-Dhabi, où sera créée une école du désert, ne saurait faire doublon avec Djibouti, où elle se trouve actuellement. Selon des sources concordantes, une partie du personnel qui sera affecté à cette nouvelle base, opérationnelle en 2009, viendra de Djibouti. Les décisions ultimes seront prises après que les négociations qui se déroulent actuellement avec les autorités d’Abu-Dhabi sur la définition du déploiement français seront closes. Mais pour quelles raisons Djibouti ferait forcément les frais de l’installation de soldats français à 1.800 Km de là ?

Bien que mal entretenue, cette armée d’Afrique coûte encore trop cher :

L’actualité récente a montré que cette région du monde est toujours la proie d’une instabilité chronique. Le général Bentegeat s’écrie devant la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du 11 octobre 2006 que la Somalie est un pays perdu, livré aux seigneurs de la guerre et aux pirates. Ce pays ne fait pas l’objet d’une action concertée de la communauté internationale. La France pour sa part veille en premier lieu, depuis Djibouti, à ce que les problèmes de la Somalie ne s’étendent pas au reste de la région. Quelques semaines plus tard, l’armée éthiopienne favorisait l’éviction du régime des tribunaux islamiques, sans pour autant parvenir à rétablir l’ordre. Son voisin kenyan, qui abritait alors le gouvernement légal somalien, traverse désormais une crise politique grave, à la suite des dernières élections nationales. L’imminence du déploiement des forces de l’Eufor au Darfour a provoqué une intervention armée destinée à renverser le régime en place au Tchad, tandis que l’afflux de réfugiés est considéré par la République centrafricaine comme un facteur de troubles préoccupant. Enfin, l’Érythrée a tourné le dos à l’Éthiopie à cause du règlement du différent frontalier dans la bande de Badmé, la privant d’un accès historique à la mer. C’est pourquoi les marchandises à destination et en provenance d’Addis-Abeba transitent par le port de Djibouti.
Le rôle de la France est toujours très important dans la région, mais elle est en train de déléguer le plus possible ses missions de maintien de la paix à d’autres instances. Il est à noter que la plupart des personnes auditées par la commission du Livre blanc ont appelé les 27 États composant l’Union européenne à mettre leurs forces en commun dans l’espoir de peser sur le commandement de l’OTAN et prendre en charge eux-mêmes la défense du continent. Plusieurs initiatives en coopération existent déjà, elles œuvrent de façon discrète dès lors qu’elles ne sont pas sous le feu des projecteurs, telle l’Eufor au Darfour. Ainsi le général Thorette a-t-il décrit un programme vieux de 10 ans lors de son audition le 12 octobre 2005 devant la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale :

La réorganisation du dispositif militaire français en Afrique est de la compétence des autorités politiques et du chef d’état-major des armées. La presse a diffusé des informations qui ne correspondent pas entièrement à la réalité. Il existe actuellement un projet, défini dans le cadre de l’Union africaine, visant à donner aux différentes organisations politiques régionales de ce continent les moyens de régler les crises dans leurs zones d’influence respectives. Chaque zone géographique disposera d’une brigade adossée au dispositif ReCAMP (Renforcement des capacités africaines de maintien de la paix). Par cohérence géographique, le chef d’état-major des armées a proposé que les capacités françaises, elles-mêmes associées à ReCAMP, soient principalement réorganisées autour de Dakar, Libreville, et Djibouti.

Les expériences les plus récentes, et notamment l’opération en République de Côte d’Ivoire, ont montré que les armées africaines possédaient un réel savoir-faire au niveau des unités ou des états-majors déployés sur le théâtre. En revanche, les structures de niveau stratégique sont soit inexistantes soit insuffisamment développées, selon les sous-régions. Les niveaux de direction politique, de direction stratégique et de commandement stratégique, essentiels pour garantir l’atteinte de l’objectif politique, constituent donc la priorité du concept ReCAMP, au détriment des niveaux tactiques qui doivent être pris en compte par les coopérations bilatérales. Le concept ReCAMP est ouvert à l’ensemble de l’Afrique sub-saharienne et s’inscrit résolument dans une dimension multilatérale. Une coordination étroite avec les Nations unies et l’Union européenne (1er comme 2ème pilier) est indispensable pour assurer l’efficacité de ces actions, en particulier dans le domaine de la formation. En cas de crise, il est en outre nécessaire de garantir la coordination entre les niveaux international, national, régional et sous-régional. La troisième priorité pour les prochaines années est donc l’internationalisation du concept ReCAMP. Dans le cadre de l’initiative ReCAMP et en accord avec les pays hôtes, la France a constitué 3 dépôts implantés dans les emprises françaises, localisés à Dakar, Libreville et Djibouti suivant des modalités définies dans des accords bilatéraux. Chaque dépôt est dimensionné pour stocker l’équipement d’une force africaine de 3 unités d’infanterie, 1 escadron blindé, et 1 unité de commandement et logistique. Les FFDj assurent une mission extérieure d’intervention limitée pouvant s’appliquer, sur ordre de l’état-major, aux pays limitrophes et comprenant le stockage et le maintien en condition des matériels destinés à équiper un bataillon ReCAMP.
Des manœuvres de grande ampleur se déroulent tous les deux ans dans ce cadre, afin de permettre à l’Union africaine d’arriver à une autonomie totale en 2010. Mais des campagnes de formation ponctuelles sont également organisées au gré des opportunités. Ainsi s’est déroulée, du 3 au 30 septembre 2007, l’exercice d’instruction d’un bataillon de l’armée ougandaise appelé à se déployer en Somalie dans le cadre de la mission des Nations unies dans ce pays. La formation au maintien de la paix a été effectuée par des éléments de la 13ème demi-brigade de la Légion étrangère, qui fait partie du dispositif militaire français à Djibouti.
La mise à contribution de l’armée française dans ce vaste programme de maintien de la paix en Afrique n’est cependant pas isolée. Les États-Unis sont également très actifs dans la région et mènent leurs propres opérations en parallèle : ils ont prêté une assistance non négligeable lors de l’incursion des forces armées éthiopiennes en Somalie en décembre 2006, et mettent d’importants moyens de renseignement en œuvre afin de contrer les offensives terroristes. Ils sont d’ailleurs présents sur le territoire djiboutien depuis la fin de l’année 2002, et ils ont remplacé la Légion étrangère au camp Lemonier. Les 1800 soldats américains font-ils concurrence aux nôtres ? Tous les parlementaires français qui se sont penchés sur la question, soit à l’occasion de rapports, soit lors de visites effectuées dans la région, l’écrivent.

Dès à présent, n’est-elle pas de nature à favoriser certaines surenchères ? Les conditions de renégociation du montant des droits de stationnement des FFDj en 2003 éclairent d’un jour très actuel cette question, si l’on considère qu’elle a abouti à une majoration sensible du prix du bail consenti à la France, soit 30 millions d’euros par an. À plus long terme, l’installation de la base américaine n’est-elle pas l’amorce d’une redistribution des influences dans une zone où — hors Djibouti — la présence française est déjà faible ? (Compte-rendu du déplacement effectué par une délégation du groupe interparlementaire du 22 au 30 mai 2004, conduite par le sénateur Duvernois)


Dernière édition par Raphaël le Jeu 27 Jan - 11:11, édité 1 fois
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Le départ des forces françaises à Djibouti est déjà programmé (Suite)

Message  marsouin Châtenay 92 le Sam 25 Juil - 11:32

Le départ des forces françaises à Djibouti est déjà programmé (Suite)



Il faut dire également que la présence militaire française est victime du temps. Le député Boucheron a relevé la vétusté, la dispersion et la cherté des implantations militaires à Djibouti. L’inadaptation des infrastructures est longtemps combattue sans donner lieu à une remise en cause de leur opportunité, tandis que les effectifs déclinent au fur et à mesure, surtout dans l’armée de Terre. Il ne reste qu’un peu plus de la moitié des hommes en armes depuis 1976… L’élu notait en 2000, que du fait du régime particulier des rémunérations perçues par les militaires français à l’extérieur du territoire national, Djibouti représentait la destination la plus coûteuse pour le budget de la Défense, après le Tchad, loin devant les territoires d’outre-mer et légèrement devant les autres implantations des forces prépositionnées en Afrique. À titre d’exemple, la proportion des effectifs permanents par rapport aux personnels tournants sera inversée sur la base d’Abu-Dhabi, ce qui aura pour avantage de réduire l’impact des soldes sur le budget de façon non négligeable, autant que de compter sur plus d’hommes rompus aux campagnes.
D’autres sources d’économie restent encore à trouver dans la logistique inhérente à l’entretien de forces armées en territoire étranger. À Djibouti, l’économie locale est très restreinte et ne permet pas un approvisionnement diversifié. S’agissant de la voie maritime, il n’existe plus de ligne spécifique à Djibouti, qui est desservi par la ligne de la Réunion, c’est pourquoi la plupart des transports empruntent la voie aérienne. Enfin, le coût et la fréquence des approvisionnements impliquent un taux d’indisponibilité de 30% à 50% des matériels, voire plus encore s’agissant des moyens les moins nombreux. Il y a par exemple 10 Mirage 2000 officiellement affectés à la base aérienne 188, mais il n’en resterait plus que 3 en service.

Djibouti fait grief à la France d’une attitude méprisante :

L’affaire Borrel a cristallisé les griefs de la République de Djibouti envers la France. Le chef de l’État djiboutien Ismaïl Omar Guelleh les a récemment détaillés à l’hebdomadaire Jeune Afrique, et s’il a forcément fustigé l’attitude de son homologue de l’époque Jacques Chirac dans le règlement de ce dossier, il s’est indigné du peu d’intérêt dont les Français faisaient montre au sujet du développement de son petit pays :

Pourquoi les investisseurs français sont-ils si rares à Djibouti ?

Posez-leur la question. Hormis Total et une ou deux sociétés, il n’y a personne. Résultat, la France perd peu à peu ses positions économiques, culturelles et linguistiques à Djibouti. Et pourtant, je suis francophile depuis toujours, par tradition. Mon père a été, en 1927, le premier instituteur francophone du territoire ! C’est la France qui n’est pas à la hauteur. Quand j’ai lancé le projet du nouveau port pétrolier de Doraleh, c’est à Paris que je me suis tout d’abord adressé, dès 1999. En guise de réponse, on m’a proposé de bricoler les infrastructures obsolètes de celui de Djibouti. En réalité, on m’a ri au nez. C’est alors que Dubaï est entré en scène… Il faut être clair : si les Français pensent ne plus avoir besoin de Djibouti, l’inverse est aussi vrai.

J’imagine que, lors de votre visite en France en décembre dernier, vous avez évoqué ce désintérêt.

Bien sûr. On m’a poliment entendu. Mais de toutes les personnalités que j’ai rencontrées, une seule m’a réellement écouté. C’est le président de la Bred, Stève Gentili. Après le désengagement de la BNP, c’est lui qui a décidé de reprendre la Banque pour le commerce et l’industrie de Djibouti. Un monsieur remarquable.

Il n’est pas anodin de consulter le portrait que fait la diplomatie française de l’économie djiboutienne :

Le pays a connu un regain de croissance économique en 2006 à 4.5%, confirmé en 2007 (plus de 5%). Ce bon résultat s’explique par la forte progression de ses échanges commerciaux avec la Chine ainsi que par d’importants investissements directs à l’étranger en provenance des pays arabes (Dubaï, Arabie Saoudite, Koweït à terme). Djibouti reste très dépendante de l’aide extérieure, notamment française (premier bailleur de fonds bilatéral, ce à quoi s’ajoutent les dépenses liées à la présence de notre base militaire de 2800 hommes). Djibouti, en partenariat avec l’émirat de Dubaï, développe un important projet de port en eaux profondes à Doraleh, dans le golfe de Tadjoura, qui comprend un terminal pétrolier (opérationnel depuis début 2006), un terminal à conteneurs (opérationnel en 2008) et une zone franche. Le port de Dubaï, qui finance ce projet, en a la concession.

Avec 23.200 Km2, le territoire de Djibouti a pour seul atout géographique sa façade maritime, située aux abords stratégiques du détroit de Bab el-Mandeb, et d’une stabilité relative qu’il faut bien mettre au crédit de la présence française. C’est pourquoi les activités tertiaires représentent 83% du PIB, que son port et la ligne de chemin de fer qui le relie à la capitale éthiopienne ont favorisées. Sa vocation commerciale a permis l’éclosion d’activités bancaires, d’assurances et de transit, mais l’économie djiboutienne est très largement assistée. La part de l’administration représente un tiers de la formation de la richesse nationale et Djibouti demeure un pays en voie de développement. L’armée française, et les 4.500 personnes qu’elle a entraînées dans son sillage, sont relativement bien intégrées, mais la présence française, en butte à de nombreuses convoitises, est constamment battue en brèche depuis l’arrivée au pouvoir d’Ismaïl Omar Guelleh. Les capitaux émiratis sont très appréciés, ouvrant la voie à des projets mirifiques, tels que la construction d’un pont de 28 Km au-dessus du détroit. La République de Djibouti forme ainsi l’espoir de mettre son atout de carrefour de civilisation au service du reste de l’Afrique. Ces projets d’avenir ne souffrent pas la comparaison avec les apports de la colonisation française, au titre desquels le sénateur Duvernois déplorait en 2004 le dépérissement progressif du chemin de fer djibouto-éthiopien, que la France avait contribué à construire au début du XXème siècle et qui se trouve aujourd’hui dans une situation technique et financière compromise, tandis que sa compagnie gestionnaire, en état de quasi-faillite, est redevable d’une dette très élevée envers une entreprise française, la société CIM Logérail.
Ainsi, l’installation de l’armée américaine au camp Lemonier en 2002 s’est-elle traduite par l’expression d’une mise en concurrence exacerbée dont la France a rapidement eu à pâtir. L’année suivante a été renégocié le bail des FFDj à l’initiative du Président Guelleh, aboutissant le 3 août 2003 à la signature d’une convention définissant l’attribution d’une enveloppe globale de 30 millions d’euros pour le stationnement des forces françaises sur le territoire djiboutien. La France alors s’aligne sur les Américains, qui versent 30 millions de dollars au titre de leur contingent, un peu moins important. Les accords de cette convention, devant prendre effet au 1er janvier de l’année suivante et conclue pour une durée de 9 ans, s’achèveront à la fin de l’année 2012.
Enfin, si les autorités de Djibouti affichent leur attachement à l’espace francophone, elles observent que trop d’institutions multilatérales de la Francophonie sont peu lisibles et technocratiques. Par ailleurs, les députés de Djibouti ne participent plus aux travaux de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. En France, on n’est pas près de soutenir un régime apparaissant comme autocratique à maints égards. Les dernières élections qui se sont déroulées le 8 février ayant été boycottées par l’opposition, l’UMP (sic) d’Ismaïl Omar Guelleh peut régner sans partage. Enfin et malgré ses déclarations, on reproche assez souvent au chef de l’État de décider de concert avec sa garde rapprochée sans favoriser l’émergence d’une élite locale.

Tout concourt en définitive à la fin programmée de la présence française à Djibouti. Alors que l’armée américaine est désormais prête à prendre le relais de l’armée française en ce qui concerne le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb, la France est en train de faire évoluer sa doctrine et conclut un accord avec Abu-Dhabi, qui lui offre un nouveau point d’appui dans l’Océan Indien dès 2009. Sa présence en Afrique est pérennisée par le contingent de l’Eufor, qui interdit tout échange intempestif avec l’Afrique orientale, et par l’efficience acquise par les unités qui ont été instruites dans le cadre du programme RECAMP, lequel doit s’achever l’année suivante. Le programme des prochaines suppressions d’unité sera connu après la publication du Livre blanc, dont l’intérêt principal est de les justifier dans le cadre d’une stratégie militaire modernisée, mais d’ici la fin du mandat présidentiel en 2012, il ne restera plus un soldat français à Djibouti, certainement plus un Français du tout. C’est effectivement une rupture.


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